Les matériaux dans la rénovation

Tout projet de rénovation nécessite des matériaux. Il en existe des milliers sur le marché. Pourtant ils ne se combinent pas du tout les uns à avec les autres.
Pour la durabilité du bien dans le temps comme pour la santé des utilisateurs, cela vaut la peine de pencher sur la question en amont des projets. 

Ce qu’il faut retenir pour valoriser son bien, c’est qu’un bon choix de matériaux augmente le confort, garantit une excellente durabilité dans le temps, diminue les coûts d’entretien et permet une qualité esthétique remarquable.

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Choisir les bons matériaux de construction pour une transition énergétique réussie

Dans le cadre de la transition énergétique, le choix des matériaux de construction est une question centrale. Avant d’entrer dans le détail des matériaux eux-mêmes, il convient de rappeler une règle de bon sens fondamentale : l’architecture elle-même conditionne largement les matériaux qu’on sera amené à utiliser.

Les bâtiments construits au XIXe et au début du XXe siècle en sont un parfait exemple. Dotés de grands avant-toits et de fondations en pierre bien ancrées dans le sol, ils protégeaient naturellement les façades des intempéries et géraient efficacement l’humidité. Résultat : avec des matériaux simples et naturels, ces constructions atteignaient des durées de vie de 100, 200 ans, voire plus. Aujourd’hui, l’évolution des codes architecturaux — façades sans avant-toits, sous-sols aménagés en profondeur — a multiplié les problèmes d’humidité et d’étanchéité, poussant le secteur vers des matériaux toujours plus complexes, synthétiques et polluants. En travaillant intelligemment sur l’architecture, on peut donc retrouver la possibilité d’utiliser des matériaux à la fois simples, naturels et durables.

Les quatre familles de matériaux

Face aux milliers de matériaux disponibles sur le marché, il est utile de les regrouper en quatre grandes catégories. 

Les matériaux minéraux d’abord, issus de la terre et de la pierre : tuiles, briques, laine de roche, laine de verre, briques en terre crue et verre. 

Les matériaux biosourcés ensuite, provenant de la forêt, de l’agriculture et de l’élevage : bois, liège, laine de mouton, laine de bois, paille, foin, chanvre — une famille riche en possibilités souvent sous-estimées. 

Les métaux constituent la troisième catégorie : bien que peu visibles, ils sont omniprésents dans un bâtiment, des câbles électriques en cuivre aux cadres de fenêtres et volets en acier. 

Enfin, les matériaux synthétiques, issus de l’industrie pétrolière, comme le polystyrène expansé, le goudron pour l’étanchéité ou la mousse expansive. 

Tant que l’on reste au sein d’une même famille, la gestion des matériaux reste relativement simple. C’est lorsqu’on commence à les mélanger — notamment en combinant synthétiques et naturels — que la complexité apparaît et que le savoir-faire devient indispensable.

Les règles d’IMPACT LIVING

Animé par une mission claire — réaliser la transition énergétique, atteindre les objectifs climatiques et valoriser les filières locales — notre bureau applique deux règles principales dans ses projets. La première est d’éviter systématiquement tous les matériaux issus de l’industrie pétrolière. La seconde porte sur l’énergie grise : fabriquer certains matériaux nécessite de très hautes températures (la laine de roche, par exemple, requiert 1450°C), ce qui engendre un impact environnemental considérable. 

Lorsque c’est possible, ces matériaux énergivores — laine de roche, laine de verre, briques et tuiles en terre cuite — sont donc également écartés. 

Pour les matériaux à haute énergie grise incontournables, comme le cuivre des câbles électriques ou le verre des fenêtres, l’objectif est de maximiser leur durée de vie et d’en réduire la quantité utilisée. Ce qui reste après ce tri, ce sont principalement des matériaux biosourcés, à basse énergie grise et souvent d’origine locale — suffisants, avec créativité et compétence, pour réaliser des projets à la fois performants et esthétiques.

Deux exemples de combinaisons de matériaux. L’un réussi, l’autre – malheureusement – un échec. 

Rénovation et agrandissement d'un chalet avec des matériaux naturels principalement minéraux ou biosourcés à Châtillon.

La rénovation d’un chalet des années 1980 à Châtillon, dans le canton de Fribourg, illustre parfaitement cette approche. Pour l’isolation des façades, des structures en bois ont été remplies de laine de bois, un isolant aux excellentes performances thermiques, notamment pour lutter contre la surchauffe estivale.

Aux endroits critiques, des matériaux synthétiques en très petite quantité garantissent les durées de vie d’ensemble. 

L’ensemble de ce projet peut être découvert en vidéo ici : vidéo chalet Châtillon

Une façade rénovée précédemment avec les mauvaises combinaisons de matériaux à Chernex.

Cette maison villageoise ancienne et recensée a été rénovée précédemment avec des matériaux inadéquats. Sur un ancien crépis datant probablement d’une centaine d’années, un crépis moderne au ciment a été appliqué. 

Résultat, le nouveau crépis a fait moisir et finalement décoller la totalité de la façade.

 Une bonne intention réalisée avec les mauvaises techniques peut mener à la destruction partielle d’une maison ou d’un bâtiment. 

Sur des bâtiments en pierre, il est primordial d’utiliser des techniques anciennes et éprouvées qui sont de facto plus performantes que des matériaux modernes inadaptés.

Un exemple concret : le chalet de Châtillon devenu villa contemporaine

La rénovation d’un chalet des années 1980 à Châtillon, dans le canton de Fribourg, illustre parfaitement cette approche. Pour l’isolation des façades, des structures en bois ont été remplies de laine de bois, un isolant aux excellentes performances thermiques, notamment pour lutter contre la surchauffe estivale. Les revêtements extérieurs ont été réalisés en chaux, un matériau ancestral qui laisse circuler l’humidité sans endommager la structure, tout en offrant une grande liberté de textures et de nuances. Au premier étage, le bardage en bois a été pré-grisé grâce à un procédé biologique à base de champignons, garantissant durabilité et esthétique. En toiture, des tuiles solaires remplacent les tuiles classiques énergivores, combinant production d’électricité et qualité architecturale. À l’intérieur, l’argile et la chaux se substituent aux peintures synthétiques : l’argile, mélangée à des pigments naturels, offre des textures et des couleurs chaudes, tandis que la chaux, plus résistante, est recommandée dans les zones de fort passage ou pour les chambres d’enfants.

Les erreurs à éviter : l’exemple de Chernex

À l’opposé, un bâtiment patrimonial du village de Chernex, au-dessus de Montreux, illustre les conséquences d’une mauvaise maîtrise des matériaux. Des rénovations antérieures avaient recouvert les façades en pierre et brique d’un ciment moderne très étanche, ainsi que les embrasures de fenêtres centenaires d’une peinture synthétique imperméable. Or, contrairement à une idée reçue, l’humidité dans un bâtiment migre de l’intérieur vers l’extérieur. En bloquant cette circulation avec des matériaux étanches, l’humidité s’est accumulée sous les revêtements, provoquant le décollement et l’effritement des façades, ainsi que la dégradation irréversible de pierres pourtant vieilles de plus de 120 ans. Cet exemple démontre avec force que les matériaux modernes ne sont pas intrinsèquement supérieurs aux anciens, et que la compréhension de la physique du bâtiment — comment l’humidité, la chaleur et les matériaux interagissent — est absolument indispensable pour mener des rénovations durables et efficaces.

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